

La Clairière des Possibles
Ce que l'on trouve ici
Dans cette branche, il y a des idées, des pensées, des questions, et surtout des réactions.Si vous espérez y trouver des vérités, vous faites fausse route : je n’aurai jamais les vôtres, seulement les miennes. Je ne cherche pas à fédérer, ni à transmettre un savoir, encore moins une religion.Je dépose simplement mon fil de pensée, qui pourra — je l’espère — être accompagné par d’autres.Je vous souhaite une bonne promenade dans cette clairière brumeuse et énigmatique.
Peut-on vraiment changer sans renoncer à une part de soi ?
Dans cette question, plusieurs choses se posent.
La première : faites-vous partie de ces personnes qui pensent que nous ne pouvons pas changer ? Que nous restons toujours les mêmes, que la métamorphose est impossible au niveau de notre structure de pensée et de personnalité ?
J’estime, pour ma part, que nous avons la possibilité de changer — et que nous le faisons même sans nous en apercevoir, chaque jour un peu. Notre personnalité d’enfant, d’adolescent, de jeune adulte, n’était pas la même pendant toutes ces phases. Nous conservons certaines traces, certaines parties comme des reliques du passé.
Il y a plusieurs explications à cela : l’environnement dans lequel on vit évolue, les interactions extérieures changent, nous changeons aussi physiquement et nous apprenons.
Le mot renoncer, dans cette question, me fait penser à faire disparaître. Je ne suis pas convaincue de cela. Peut-être que nous mettons simplement sous silence une partie de nous pour en faire émerger une nouvelle. Mais disparaît-elle totalement ?
Je considère que nous fonctionnons en grande partie par automatismes. Nous pouvons changer, oui, mais la modification de ces automatismes est longue. Il faut du temps pour en créer de nouveaux, et même là, il reste toujours possible de retomber sur les anciens. Ils sont imprimés en nous comme des hiéroglyphes qu’on aurait tenté d’effacer ou de redessiner — jamais très loin.
Je pense que le changement est réellement possible si nous ne renonçons pas, mais si nous acceptons l’évolution. Il y a une vraie nuance dans cette idée.
Évoluer ne signifie pas faire disparaître, mais transformer. On ne détruit rien : on permet simplement à une partie de nous d’atteindre un autre état, un autre niveau. Il n’y a rien de spirituel là-dedans : c’est comme entraîner un muscle.
Sans oublier que chacun a ses possibilités, et que parfois, le changement est impossible, ou du moins pas autant qu’on le souhaiterait.
Mais je m’éloigne de la question…
Peut-on connaître la paix sans avoir traversé le chaos ?
Ce genre de question m’a toujours amusée.
La raison, c’est que je pense que l’un ne va pas sans l’autre — et inversement.
Nous ne pouvons définir ce genre de chose qu’en connaissant son contraire, ou peut-être un état neutre.
Par exemple, comment pouvons-nous savoir que nous sommes en colère ?
Il nous faut connaître d’autres formes d’émotions pour déterminer que celle-ci, cet état, est différent d’un autre.
Pour savoir que nous sommes en paix, il faut donc savoir ce qu’est son opposé.
Tout comme reconnaître que nous sommes dans le chaos, c’est aussi connaître la paix, ne serait-ce que par contraste.
Je ne sais pas si je suis dans le vrai, mais c’est ainsi que fonctionne ma pensée.
Pour définir un état, nous devons forcément avoir des points de comparaison.
La vérité n’est peut-être pas ce que l’on trouve, mais ce que l’on ose regarder.
La vérité, c’est l’accord entre une idée (ou une pensée) et l’objet — autrement dit, l’absence de contradiction. Être en accord avec le réel.
Mais le réel n’est pas seulement ce que l’on peut observer visuellement. Il peut aussi être sensoriel, émotionnel, voire intérieur.
Prétendre que la vérité est uniquement « ce que l’on ose regarder » met donc de côté une grande partie de nos autres perceptions du réel.
J’ajouterais que la vérité est aussi propre à chacun : nous avons tous notre propre réalité. C’est pourquoi il existe une multitude de vérités différentes, ce qui rend souvent la compréhension mutuelle si difficile.
Le silence n’est jamais vide : il parle à ceux qui savent l’écouter.
On dit souvent : « Le silence parle à ceux qui savent l’écouter. »
Mais en réalité, c’est presque une phrase de frustration pour celui qui écoute sans rien entendre.
Déjà, il faut le dire : le silence n’existe pas vraiment. Quand nous nous taisons, notre corps continue de vivre. Il y a toujours des sons, des battements, une respiration. Donc il n’y a jamais « rien ».
Et même si l’on se coupe du bruit extérieur, l’esprit, lui, reste en mouvement. Il continue sa petite vie, rempli de pensées, d’émotions et de tout le tralala.
C’est vrai que, parfois, en sortant le nez du guidon, on peut avoir des réponses ou des idées nouvelles. Mais ce n’est pas le silence qui nous les donne : c’est le fait d’offrir à notre esprit la possibilité de vagabonder, d’entrevoir d’autres chemins.
Alors non, le silence n’existe pas vraiment. Et celui qui s’en approche ne « parle » pas. Mais l’esprit, lui, ne cesse jamais de vagabonder.
Peut-on vraiment se libérer de ce que l’on a hérité ?
Totalement non.
On ne peut pas se libérer complètement de ce que l’on a hérité, car ces héritages servent de ponts pour la création d’autre chose.
Il ne faut pas les voir uniquement comme des fatalités — même si, bien sûr, cela dépend de l’héritage en question.
La plupart du temps, l’héritage nous définit sur un instant plus ou moins long, puis il crée des biais et de nouveaux ponts, qui deviennent à leur tour d’autres héritages à chaque événement de la vie.
En ce sens, oui, un héritage nous définit.
Prétendre le contraire, c’est refuser de voir certains liens et une partie de nous-mêmes.
Nous ne sommes pas toujours responsables de nos héritages.
Et je n’irai pas jusqu’au discours classique du « il faut en faire quelque chose » ou « reprendre absolument le pouvoir de sa vie ». Non.
Tu as le droit d’être ce que tu veux. Si cela te convient ainsi, tant mieux.
Donc oui, on peut se libérer partiellement, selon le chemin emprunté, mais jamais totalement.
Car effacer complètement son héritage, c’est couper ses racines — et je ne connais aucun arbre qui puisse tenir sans racines.
Et si l’imperfection n’était pas un défaut à corriger, mais la véritable signature du vivant ?
Je pense qu'il est nécessaire de redéfinir le terme imperfection, car il est bien souvent mal utilisé.
Définition d’imperfection : État de ce qui est imparfait.
Définition d’imparfait : Qui n'est pas achevé, pas complet.
Quand on prend la signification, on remarque que c'est une chose incomplète ou, plus précisément, une chose qui est devenue obsolète à un moment.
C'est une question très difficile car elle amène à beaucoup de choses. La première chose qui me vient quand je lis cette question, c'est cette comparaison et hiérarchisation que l'homme, au quotidien, a tendance à faire sur tout un tas de choses. L'imperfection me renvoie au jugement. Ce dernier est déterminé par des points de vue qui sont personnels ou qui ont été choisis par une minorité.
C'est encore une fois l'homme qui a estimé être capable de dire si une chose est imparfaite ou non. La nature, en général, ne le fait pas, elle n'émet pas de jugement. Les événements, par contre, le font, mais il n'y a pas décision. Les événements étant toujours en constante évolution, les expériences étant constamment différentes, une chose peut devenir imparfaite avec le temps car elle ne s'accorde plus avec l'environnement, ou à l'inverse, une imperfection peut devenir une perfection, si tant est qu'elle a survécu jusque-là.
L'imperfection, dans sa définition brute, est donc un élément soumis aux événements extérieurs. Je ne dirais pas que cela touche simplement le vivant, mais chaque réel composant de notre univers.
Par contre, si on entend imperfection comme on l'utilise dans notre société, alors c'est autre chose. Dans notre société, nous hiérarchisons tout. Et nous mettons tout sur des échelles de comparaison. Ça va de l'intelligence au savoir, des intentions aux émotions, de la valeur de la souffrance à la légitimité d'exister. Tout est bon pour juger et donc, par ce biais-là, dire si tu es ou non imparfait.
Alors qu'en aucun cas la différence n'est une imperfection : bien au contraire, c'est souvent elle qui a permis les évolutions. Je ne sais pas de quoi cela vient. Je sais que l'homme a besoin de faire des rapprochements pour pouvoir s'identifier avec certaines choses, mais il ne juge pas forcément. On fait souvent des amalgames entre rapprochement d’expérience et jugement.
Donc, ma réponse à la question est : l’imperfection est la signature du réel, qui est en constante évolution.
Est-ce que la mémoire construit notre identité, ou bien est-ce notre identité qui sélectionne ce dont nous nous souvenons ?
C'est encore une bonne question comme je les aime. Je vais tâcher de prendre du temps pour répondre le plus simplement possible et le plus justement possible selon, encore une fois, ma vision des choses, qui n'est sûrement pas une vision universelle. Mais passons. (Je gagne du temps là, lol.)
L'identité est construite de différentes choses : la biologie et donc la génétique, les expériences de vie, les émotions et l'environnement dans lequel nous évoluons. Tout cela contribue à la construction de notre identité, qui est constamment en évolution et en mutation. Nous n'avons pas la même identité aujourd'hui qu'il y a 10 ans. Nous sommes en constante évolution et donc, notre identité — ce qui nous détermine — est aussi en mouvement.
Ensuite, prenons la mémoire. Cette dernière est le fruit de plusieurs étapes où vos sens, vos émotions et votre niveau d'implication et d'intérêt contribuent à la construction de la mémoire. Elle aussi évolue avec le temps : certaines choses vont être modifiées et évoluer, et cela à cause (ou grâce) à votre identité. Mais la mémoire reste en quelque sorte les traces de vos expériences passées. Or, comme je l'ai dit un peu plus haut, les expériences contribuent à la construction de notre identité.
On peut donc dire que les deux — mémoire et identité — sont à la fois récepteurs et acteurs de leurs modifications mutuelles.

